Réfléchir pour agir [n°32]
   
 
 
 
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Réfléchir pour agir

Faire entrer l’historien dans la classe. Stéphane Audoin-Rouzeau : Quelle Histoire. Un récit de filiation (1914-2014)

Par Mylène Manchec et Christophe Gourguechon

lundi 20 juillet 2015, par GOURGUECHON Christophe, MANCHEC Mylène

Il n’est ici point question de proposer un compte rendu de cet essai dont la grande originalité est de s’interroger sur la transmission de la mémoire d’une expérience traumatique au sein d’une famille : celle de la Grande Guerre au cours de laquelle les deux grands-pères de l’historien ont combattu. L’objet est ici de proposer quelques pistes d’exploitations pédagogiques du dernier ouvrage de cet historien qui travaille à une approche culturelle de l’histoire de la Première Guerre mondiale.

La guerre de 1914-1918 a marqué les corps et les âmes des combattants et a été si violente que les descendants ont été inévitablement des enfants de la guerre.
Ainsi pour nous livrer son Récit de filiation, Stéphane Audoin-Rouzeau met à notre disposition de larges extraits des carnets ou des lettres écrits par ses grands-pères au moment même où ils vivaient l’expérience du front.

Pourquoi retenir cet ouvrage écrit par le spécialiste reconnu de la Grande Guerre ? En premier lieu parce que l’approche culturelle revendiquée par ce chercheur est un exceptionnel levier pour faire comprendre à nos élèves que l’histoire, science humaine par excellence, se joue aussi au niveau des acteurs anonymes, qu’il s’agit de chair et de sang, d’expériences d’hommes et de femmes ordinaires dans le quotidien de la guerre. De plus, il s’agit d’une expérience combattante dite "sur le vif", si le fait d’écrire le moment pose déjà un filtre d’analyse, le carnet de Robert Audoin est rédigé avec la conscience de l’urgence : c’est bien cela qu’il faut tenter de faire saisir à nos élèves en se demandant pourquoi ce jeune homme mobilisé écrit. Retenir le prisme d’une « histoire par le bas » dès le début du programme d’histoire de la classe de troisième peut aussi s’avérer fécond pour le thème 3 de cette première partie (La Seconde Guerre mondiale, une guerre d’anéantissement, 1939-1945). Mais nous ne devons pas oublier les clivages historiographiques entre une histoire culturelle et une histoire sociale : pour l’Historial de la Grande Guerre, la culture de guerre transcende les clivages sociaux alors que pour le Collectif de recherche internationale et de débats sur la guerre 1914-1918, il est nécessaire de se référer à ces clivages pour tenter d’appréhender les représentations des contemporains. La culture de guerre désigne alors « un corpus de représentations du conflit cristallisé en un véritable système donnant à la guerre sa signification profonde ». [1]

  • La première partie du programme d’histoire de la classe de troisième est consacrée aux guerres mondiales et régimes totalitaires (1914-1945), le thème 1 s’ouvre par l’étude de la Première Guerre mondiale qui conduit à construire avec les élèves la notion de guerre totale. [2]

L’analyse de quelques extraits choisis de Quelle Histoire permettra d’introduire la violence de masse comme caractéristique essentielle de ce conflit.

Le deuxième chapitre de Quelle Histoire est consacré à Robert Audoin, de la page 38 à la page 48, le professeur pourra sélectionner des extraits des carnets du jeune gradé qui rejoint le front au début du mois de juillet 1916, il a alors 20 ans. Robert Audoin a été versé dès le 12 avril 1915 dans le 1er régiment d’artillerie lourde et reste pendant un an « à l’intérieur ». Il rejoint le front avec le grade de brigadier puis en février 1917 il est Maréchal des Logis et accède au grade d’aspirant le 1er avril en 1918. Il est démobilisé le 5 août 1919 avec le grade de sous-lieutenant au 412ème régiment d’artillerie lourde. L’expérience du front consignée par Robert dans ses carnets pourra ensuite être mise en perspective afin de saisir comment la Première Guerre mondiale bouleverse les États et les sociétés. La problématique retenue sera posée en début de séance : en quoi l’expérience de Robert Audoin nous permet de comprendre les violences de masse subies par les soldats mobilisés pendant la Grande Guerre ?
Le carnet du soldat rédigé le 25 aout 1916 et retranscrit in extenso par l’auteur permet d’envisager plusieurs « scénarii » pédagogiques. Celui retenu ici analyse l’expérience de ce soldat telle qu’il nous la livre dans ces carnets : depuis son départ en gare de Vannes jusqu’au récit de sa « terrifiante initiation » dans la nuit du 17 au 18 août. Les extraits suivants envisagent quatre moments-clés du récit :

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tableau mise en oeuvre séance 3e
  • En premières ES et L, dans la partie Questions pour comprendre le XXe siècle du programme le second thème est consacré à cette réflexion (Thème 2 – La guerre au XXe siècle).
  • En première S, dans la partie Questions pour comprendre le XXe siècle, le thème 2 est en partie consacré à cette réflexion (Thème 2 – La guerre et les régimes totalitaires / La première guerre mondiale – L’expérience combattante dans une guerre totale)
  • En premières STMG et STSS, le thème 2 (Guerre et paix 1914-1945) est consacré à la question.

Dans tous les cas, la guerre est abordée en privilégiant la place des hommes et des femmes dans le conflit. En cela, aborder le conflit à partir des témoins en croisant ces expériences vécues avec d’autres sources apparaît comme pertinent.

Les extraits de lettres tirés de l’ouvrage de Stéphane Audouin-Rouzeau permettent d’appréhender plusieurs concepts et notions abordés dans cette partie des programmes du lycée.

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Tableau extraits lettres et concepts notions

Notes

[1C. Delacroix, F. Dosse, P. Garcia, N Offenstadt : Historiographie, II. Concepts et débats, Paris, Folio, collection « Histoire », 2010, p.1065.

[2Le concept de guerre « totale » est formulé dès 1918 et popularisé par le maréchal allemand Ludendorff pour qualifier la mobilisation de toutes les ressources et de toutes les forces humaines dans le but d’anéantir l’adversaire.

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