Réfléchir pour agir [n°32]
   
 
 
 
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Réfléchir pour agir

La butte de Vauquois : découvrir la guerre des mines

par M. Sarthou et M. Ritter, Professeurs, collège Camille Corot, 77500 Chelles

lundi 20 juillet 2015, par M.Sarthou, M.Ritter

Un projet labellisé "Centenaire de la Grande Guerre", mené avec des élèves de Troisième et de Seconde.

Depuis une dizaine d’années, nous organisons un projet intitulé : "Déchirures et réconciliations des peuples européens de la Grande Guerre à nos jours". En 2013-2014, nous avons travaillé avec 35 collégiens volontaires de 3ème dont un élève du dispositif ULIS ainsi que 5 élèves de seconde qui avaient déjà participé à ce projet et qui ont joué le rôle de passeur de Mémoire. Outre un certain nombre de sorties les mercredis après-midi, nous avons organisé un voyage pédagogique avec notamment comme destination la Butte de Vauquois.
Ce lieu d’exception est conservé et entretenu par une association, Les Amis du Vauquois, dont les bénévoles transmettent avec passion l’histoire du site.

Nous avons obtenu le Label du « Centenaire de la Grande Guerre » pour ce travail autour de la Butte de Vauquois. Il s’agissait de montrer l’expérience combattante de la Grande Guerre à travers la guerre des mines et de montrer comment, grâce à cet exemple, le conflit a évolué vers une guerre totale.

Nous avons choisi ce site car la butte est un lieu encore « intact » de la guerre 14-18, où nous avions déjà amené des élèves à plusieurs reprises. Elle est classée monument historique. Située au nord-ouest de Verdun, elle a connu de violents combats de 1914 à 1918 (la bataille de Vauquois dure 4 ans et 2 jours !).
Dominant la région à l’Est de l’Argonne, du haut de ses 130 mètres, la butte était considérée par les États-majors des deux camps comme un observatoire exceptionnel pour l’artillerie. Dès 1914, c’était un verrou stratégique pour la poche de Verdun qui se trouve à 25 km, près de la frontière allemande. Elle dominait et commandait la seule ligne de chemin de fer reliant Verdun à Châlons-en-Champagne.

  • Le site dans le contexte de la guerre

On peut distinguer quatre grandes phases durant cette bataille.
Une première phase de guerre de mouvement s’étire d’août 1914 à février 1915. Les deux premiers mois, la butte est prise par les Allemands, puis reprise par les Français. Mais ces derniers laissent la place aux Allemands qui fortifient le village. D’octobre 1914 à janvier 1915, les Français subissent des pertes énormes lors de charges à la baïonnette sans aucune préparation d’artillerie.
Dans une seconde phase, de février à mars 1915, les Français lancent divers assauts qui n’entraînent qu’une reconquête partielle avec un terrible bilan : près de 500 officiers et près de 27.000 hommes tués, blessés ou disparus. A la mi-mars, les positions françaises sont stabilisées au sud du village. Les Français résistent à une contre attaque des Allemands qui utilisent une arme nouvelle : le lance flammes. Les combats s’enlisent et ouvrent la voie à la guerre des mines.

Français et Allemands consolident leurs tranchées. Pionniers et sapeurs creusent des galeries, des chambres, des abris, des rameaux de combats pour déposer sous les tranchées ennemies des tonnes d’explosifs. La butte est radicalement transformée avec plus de 17 km de puits, de galeries, de rameaux. Dans un premier temps, les Français ont l’avantage, mais les Allemands reprennent rapidement le dessus. Ils font exploser la plus grosse mine, le 14 mai 1916, 60 tonnes d’explosifs qui produisent un cratère de 30 mètres de profondeur et de 100 mètres de largeur. Au total, 519 explosions de mines (199 allemandes et 320 françaises) représentant près de 1.000 tonnes d’explosifs. Parfois les galeries creusées par les Allemands et les Français se croisent et les combats ont lieu sous terre, à la baïonnette, au couteau, à la pioche !

La guerre des mines cesse au printemps 1918. En mai, des unités italiennes relèvent les soldats français, puis des soldats américains arrivent, montrant la dimension mondiale de ce conflit. Vauquois n’est plus alors un enjeu aussi important qu’au début de la guerre, car les avions de reconnaissance ont permis de mettre de côté son rôle d’observatoire. Le 26 septembre 1918, une division américaine parvient à prendre la butte. Entre 1914 et 1918, les combats de Vauquois ont entrainé la mort de 8.000 soldats français, près de 6.500 Allemands. Près de 1.000 soldats n’y ont jamais été retrouvés.

  • La mise en œuvre du projet

La visite est véritablement vivante pour les élèves scindés en deux groupes et guidés par les bénévoles des Amis de Vauquois. La descente dans les galeries allemandes, quasiment dans l’obscurité, dans l’humidité, les plonge dans l’histoire.
La visite du petit musée est très intéressante, car tous les objets ont été trouvés sur place, au fil des années, des fouilles, des campagnes de rénovation du site. Ces objets témoignent de méthodes mises en place pour survivre, s’approvisionner, combattre.
Lors de cette visite, notamment en remplissant un dossier, les élèves ont pu valider des compétences du socle :
- Compétence 5 : Connaître Les différentes périodes de l’histoire de l’humanité – Les grands traits de l’histoire de la France et de l’Europe.
- Compétence 7 : autonomie et initiative : Être autonome dans son travail, savoir l’organiser, le planifier. Rechercher, sélectionner des informations utiles. S’intégrer et coopérer dans un projet collectif. Manifester curiosité, créativité, motivation, à travers des activités conduites ou reconnues par l’établissement.

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Monument de la Butte de Vauquois
Sculpté par Marius Roussel, en 1925. Il occupe l’emplacement de la mairie de l’ancien village disparu

Enfin les élèves ont travaillé sur des œuvres d’art, qu’ils ont pu réutiliser lors de l’épreuve d’Histoire des arts comme le monument de la Butte de Vauquois sculpté par Marius Roussel, achevé fin 1925, qui occupe l’emplacement de la mairie de l’ancien village disparu.

Pour mener à bien ce projet, des sorties ont été réalisées des mercredis après-midi notamment :
- Étude du monument aux morts de Villemomble, d’un vitrail de l’église du Raincy relatif à la bataille de la Marne.
- Visite du musée de la Grande Guerre de Meaux
- Sortie d’une journée avec les élèves du dispositif ULIS qui travaillaient sur les Enfants dans la Grande Guerre au Musée d’Albert et sur les champs de bataille de la Somme. (Mémorial de Thiepval pour montrer la dimension de la mobilisation humaine de la Grande Guerre des Britanniques et Sud-Africains ; Parc Terre-neuvien de Beaumont-Hamel, trou de mine de La Boisselle, avec l’extraordinaire cratère laissé par l’explosion de près de 30 tonnes d’explosifs le 1er juillet 1916 juste avant l’offensive alliée).

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