Réfléchir pour agir [n°29]
   
 
 
 
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Réfléchir pour agir

Pour une lecture des programmes d’histoire de la classe de sixième.

mardi 21 décembre 2010, par Martine PROUILLAC

 Des capacités à construire et mettre en oeuvre

Les nouveaux programmes privilégient deux types de capacités : décrire et raconter.

La capacité à décrire est une passerelle entre l’oral et l’écrit : il est sans doute plus facile de décrire oralement que par écrit. Pour autant, elle oblige, dans l’un et l’autre cas d’énonciation, à mobiliser des mécanismes d’observation, d’analyse, de classement, de recoupement puis de mise en synergie pour recomposer une vision/lecture intelligente d’un objet donné à voir et étudier. Entre le début et la fin de l’exercice de description, l’objet décrit est le même et tout autre : pendant tout le temps de l’opération de description, il s’est alourdi d’une charge de sens, de contextualisation mais aussi d’hypothèses pas forcément résolues.

La description en histoire relève d’une démarche d’observation scientifique fort proche de celle mise en œuvre dans les sciences de la vie et de la terre. Il y a donc là aussi un « protocole d’interrogation » à respecter : elle part du général au particulier, elle pose des hypothèses et y répond, totalement ou partiellement. Elle suppose donc une démarche, fortement normée et rigoureuse, en clair, cela s’appelle le discours de la méthode.

On voit bien là tout l’intérêt de ce type de capacité à faire acquérir à l’élève, à l’opposé de la perception immédiate, non hiérarchisée, non maîtrisée à laquelle il est soumis dans son environnement quotidien et sur médiatisé.

 « Un historien ne fait pas parler les Romains : il parle à leur place » (Paul Veyne)

Mais la description n’est jamais que prolégomènes au récit historique. Raconter, en histoire, signifie construire un sens, donner, par une mise en intrigue, un sens à des faits, des événements disparates. Le récit historique répond donc à une construction tout aussi rigoureuse avec un point de départ, une situation initiale et un point d’arrivée, une situation finale, aussi inachevée et problématique soit elle. Sur cette scène plus ou moins bornée dans le temps, l’historien organise, un peu comme Poussin le faisait pour préparer ses compositions picturales, avec de petits personnages dans un castelet de marionnettes, sa mise en scène, sauf qu’il n’est pas créateur du jeu mais il en est le maître. L’historien a donc en main des cartes « où ? Quand ? Qui ? Pourquoi ? Comment ?... » qu’il organise et distribue pour en faire un tout cohérent et construit. Ce récit n’est donc pas linéaire mais articulé, hiérarchisé, argumenté, explicatif : il est construit et structuré par des « parce que, c’est pourquoi, mais, toutefois… » : ce sont toutes ces opérations intellectuelles que le récit historique met en œuvre et que son apprentissage par les élèves leur permet d’acquérir.